Fenêtre
Nathalie
Elle est debout avant tout le monde. Le café, le ciel qui pâlit. Et des mots qu'elle aurait préféré ne pas avoir.
Le café fait son bruit. Elle connaît chaque phase — le sifflement, la pause, le gargouillis final. Elle pourrait le faire les yeux fermés. Elle le fait souvent les yeux à moitié fermés.
6h14. Karim dort encore. Les filles aussi.
Elle a ouvert les volets sans les claquer — geste appris, automatique, dix ans de matin sans réveiller personne. Dehors le ciel est cette couleur qui n’est ni la nuit ni le jour. Elle aime ça. Ce moment où rien n’a encore commencé.
Hier soir elle a dit une chose qu’elle ne voulait pas dire. Pas une mauvaise chose — juste vraie, et trop tôt, et maintenant c’est posé entre eux et elle ne sait pas si Karim l’a entendu de la même façon qu’elle l’a dit.
Elle prend la tasse. La chaleur dans les paumes.
Elle a rangé les tasses à l’envers hier en faisant la vaisselle. Elle fait ça quand quelque chose tourne dans sa tête — un geste qui ne sert à rien, juste occuper les mains pendant que le reste travaille.
Le ciel pâlit. Elle boit.
Elle n’a pas envie de réveiller Karim pour vérifier. Elle a envie que ce soit déjà vérifié.