Fenêtre
Isabelle
Elle a tout préparé. Il a dit c'est sympa.
Elle a mis deux heures.
La sauce mijotait depuis seize heures. Elle avait sorti le bon vin — pas le meilleur, le bon, celui qu’on garde pour les dîners qui comptent sans vouloir en faire trop. Elle avait mis des bougies, puis enlevé une des deux parce que deux bougies ça fait occasion, et ce n’était pas une occasion, c’était juste un jeudi.
Il est rentré à vingt heures passées. Il avait faim, il était content.
C’est sympa.
Il a repris deux fois. Il a demandé s’il restait du pain. Il a regardé son téléphone une fois, brièvement, posé face contre la table — geste de quelqu’un qui fait un effort.
Elle a dit j’ai mis du thym frais. Il a dit ah oui, c’est bon.
Elle a débarrassé. Elle a fait la vaisselle. Il est venu dans la cuisine poser son verre et l’a embrassée dans le cou en passant — geste affectueux, réel, automatique.
Elle a souri.
Sous l’évier, l’eau chaude sur les mains, elle cherchait ce qu’elle avait voulu que ce repas soit. Elle ne trouvait pas le mot. Juste que sympa n’était pas tout à fait ça.