Ok
Premier récit de vie hors dialogue. Élodie seule, le soir. Ce que les dialogues ne montrent pas — ce qui se passe quand personne ne regarde.
21h47. Élodie est chez elle.
Pas le bureau — l’appartement. Celui qu’elle a choisi seule, meublé seule, qui sent sa façon d’être : propre sans être froid, des livres pas tous lus, une plante qui s’en sort à peine. La lumière est basse. Elle a mangé debout au-dessus de l’évier — des restes, quelque chose de vite — et maintenant elle est sur le canapé avec son téléphone.
Elle relit un message. Pas une fois — quatre fois. Le même.
ce soir c’est compliqué. demain ?Six mots. Elle les a lus la première fois à 19h23 et depuis elle a répondu à trois autres personnes, répondu deux mails professionnels, regardé sans les voir vingt minutes d’une série, et elle est revenue six fois sur ces six mots.
Ce n’est pas de l’amour. Elle le sait. Ou plutôt — elle sait maintenant comment s’appelle ce que c’est. L’élan. Le wanting. Ce circuit qui tourne depuis quatre mois sur un homme qui ne sera jamais disponible vraiment, qui le dit d’ailleurs sans le dire, et qu’elle continue de relire à 21h47 comme si les mots allaient changer.
Elle pose le téléphone face contre le canapé.
Elle le retourne trente secondes après.
Elle n’a pas répondu. Elle ne sait pas quoi répondre qui ne soit pas trop ou pas assez. Elle est consultante en communication — elle aide des entreprises à trouver les bons mots — et là elle est bloquée sur six mots d’un homme marié qui lui dit que ce soir c’est compliqué.
L’ironie ne lui échappe pas. Elle lui échappe quand même.
Elle pense à ce qu’elle a dit à Nathalie ce matin. L’élan sans le plaisir réel. Le circuit qui tourne à vide. Elle l’a dit avec une certaine distance, analytiquement, comme quelqu’un qui a compris quelque chose.
Et là elle retourne son téléphone pour la troisième fois en deux minutes.
Comprendre ne change rien. C’est exactement ce qu’elle a dit à Nathalie. Elle aurait pu s’appliquer la phrase à elle-même — elle ne l’a pas fait, ou pas complètement, ou pas encore.
ok.Deux lettres. Puis elle pose le téléphone vraiment cette fois, se lève, va à la fenêtre. Dehors la nuit est tiède, les grillons, une voiture qui passe lentement. Elle appuie son front contre la vitre fraîche.
Le téléphone vibre sur le canapé.
Elle ne se retourne pas tout de suite.
Elle laisse vibrer. Elle compte jusqu’à cinq.
Elle se retourne au bout de trois.
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Graine
Idée posée, peu développée