Fenêtre
Yanis
Pas de notification depuis ce matin. Il vérifie quand même.
14h37. Salle de pause.
La machine à café fait son bruit. Personne d’autre dans la pièce — les autres sont rentrés, il reste encore vingt minutes avant de remonter.
Yanis a son sandwich. Pain de mie, thon, le même depuis trois ans parce que c’est ce qu’il prend quand il ne réfléchit pas à ce qu’il prend.
Il mange en regardant son téléphone.
Pas de notification depuis ce matin. Il le sait — il a vérifié dans l’ascenseur, dans les toilettes, deux fois pendant la réunion de 11h. Il vérifie quand même. Le geste est devenu autonome, séparé de toute attente réelle. Comme se gratter sans avoir eu envie de se gratter.
Il repose le téléphone.
Il regarde par la fenêtre. Le parking, trois voitures, un arbre qui bouge légèrement. La chaleur sur le bitume fait trembler l’air au loin — cette vibration propre à cette heure, à cet après-midi où rien n’est urgent et où pourtant quelque chose tire.
Il reprend le téléphone.
Toujours rien.
Il finit son sandwich sans avoir faim. Il remet le téléphone dans sa poche.
Dans vingt minutes il va remonter. Il va ouvrir son ordinateur. Il va attendre que quelque chose arrive sans savoir quoi exactement — et cette attente-là, il l’appellera travailler.